Saint Florent – Sucé : 3 juillet 2014

A partir de là, nous avons des vues magnifiques sur le fleuve qui s’élargit encore. La vallée se fait plaine, la Loire s’apprête à rejoindre l’océan Atlantique. L’influence maritime s’intensifie. On commence à voir plus de bateaux.

Départ tardif, j’essaie de combler le retard des comptes rendus. Malgré les efforts, je ne suis pas encore à jour, pourtant Dona m’aide à finaliser. Nous ne partons que vers midi après quelque ravitaillement sur les hauteurs du village.

Saint Florent, c’est la terre de Julien Gracq, disparu depuis quelques années seulement, il venait s’y reposer sur un banc de pierre au bord du sentier qui mène au fleuve sous le Mont Glonne. Il laisse à la région des textes magnifiques.
Au même endroit, un écriteau nous donne un aperçu de la vie intense qui régnait autrefois sur les bords de Loire d’un point de vue des transports maritimes. Pour exemple, ici une cinquantaine de personne travaillaient à l’extraction de la pierre des carrières de ce bord de Loire. La pierre était transportée jusqu’aux bateaux par wagonnets. Au même endroit, se trouve une petite cabane où vivait Barnum, un âne qui remontait les wagonnets vides.
Nous nous éloignons un peu du fleuve et empruntons de petits chemins où l’on retrouve la femme marcheuse rencontrée la veille au camping. Elle bougonne, à juste titre, parce que les riverains ont clôturé leur propriété, elle est obligée de faire des détours.
Nous prenons le repas à Ancenis sur un banc au bord du fleuve, la marcheuse a été aussi rapide que nous. Nous réussissons à l’amadouer en lui offrant de la terrine artisanale… Elle nous raconte ses expéditions. Un personnage phénoménal du style de ceux que l’on a l’habitude de rencontrer sur la route !
Nous approchons du but, mais je n’ai plus de repaires, je ne sais pas précisément où nous devons retrouver les autres convergences. Les copains de Bure devaient nous rejoindre, pas de nouvelles non plus. J’appelle deux des responsables de convergence. C’est assez vague, mais on nous donne rendez-vous dans une ferme où nous devrions retrouver les marcheurs d’Angers.

Contrairement à ce que je pensais la Loire est toujours aussi belle et les vignes sont toujours présentes. Ancenis était jadis un port actif où transitaient les vins de Loire, et le sel breton récolté à Guérande. Tout un passé historique mériterait là aussi qu’on s’y arrête. Le parcours tire à sa fin. En début d’année, j’avais prévu de découvrir le pays de Loire d’un point de vue touristique, historique. C’était avant. Le hasard des rencontres et de l’actualité a bousculé mes intentions. Là, en plus de la découverte, même si quelque fois elle est un peu rapide donc superficielle, je vis une expérience collective dans l’espace et dans le temps. Ma gazelle dans ce voyage me sert une nouvelle fois d’outil de communication, de média. Je ne pédale pas de la même manière que dans un simple périple, je rencontre des personnes engagées pour un changement de société, je découvre de nouveaux amis. Quelles richesses suis-je en train d’engranger. Quelles belles découvertes que celles de la nature humaine. Heureusement, les pays de la Loire, j’ai encore quelques années devant moi pour les découvrir en profondeur, y vagabonder en école buissonnière. Je reviendrai, c’est sûr.

Ce sont mes moments de grâce, de réflexion sur les bienfaits du vélo. Comme sur la route africaine, je n’y échappe pas.
Après une petite sieste dans l’herbe, nous reprenons la route. Il fait chaud. Nous relâchons un peu, beaucoup même, surtout moi. A Oudon, on s’y perd, on passe et repasse la Loire, un motard va nous conseiller. Finalement, on ne prend pas le chemin indiqué sur le guide qui nous emmène sur un coteau pentu et nous empruntons sur une dizaine de kilomètres une sorte de piste VTT jusque Mauves le long de la ligne de chemin de fer où je me régale. Je file en tête, ma folie du VTT reprend le dessus. J’en oublie mes coéquipiers, je ne les vois plus, je ne les entends plus. Ils peuvent avoir une crevaison, c’est justement le cas pour Dona.
Alors que j’aurais aimé la fin de l’étape à Mauves, je ne suis pas au bout de mes peines, une grande montée nous attend pour gagner Sucé. Des personnes nous proposent de l’eau fraîche, elles nous apprennent qu’elles en ont déjà distribué à une équipe de marcheurs qui venaient d’Angers. Nous sommes donc sur la bonne route.

Après quelques difficultés à trouver la direction de Sucé, nous arrivons tardivement à l’étape mais nous sommes comme d’habitude chaleureusement accueillis dans une ferme, celle d’Hubert Jahan. Il ne nous reste plus qu’à nous installer à la grande table et consommer le repas qui est déjà servi. La joie règne comme d’habitude. Je retrouve les personnes avec qui j’avais eu des contacts téléphoniques et d’autres que j’avais rencontrées à Nantes au festival du voyage à vélo en novembre dernier.
Discussions, échanges d’expériences, distribution de cigarettes par Dona. J’adore, tout du long du voyage, elle a offert de petites cigarettes des « bidis » (beedis) qu’elle a ramené d’Inde. C’est le moment de détente des fumeurs. Elles sont effilées et roulées dans une feuille épaisse de couleur sépia attachée par un petit fil de coton rose ou bleu. Autrefois, les hippies fumaient avec dévotion ces petites cigarettes indiennes artisanales comme si elles leur apportaient un peu de la sagesse de l’Orient. Je retrouve des sensations identiques chaque soir et cela m’amuse. Le parfum agréable que la fumée des « bidis » dégage ne provient pas de l’eucalyptus mais de la feuille de kendu (un arbre des forêts tropicales de l’Inde) qui l’enroule.

La fin du jour approchant, on monte les tentes dans la prairie au milieu des animaux, douce nuit après tous les efforts d’une fin de parcours un peu compliquée.

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